7.La Belgique dans l’Europe et le monde


Au plan économique, après le boum des années 60 (« les golden sixties »)la crise pétrolière de 1973 fera apparaître les dimanches sans voiture qu’on a réintroduit une fois par an à Bruxelles, et progressivement, le centre de gravité économique du pays se déplacera du Sud vers le Nord, surtout que depuis les années 60 avec l’application des normes de la CECA beaucoup de mines durent fermer dans le bassin houiller wallon. Cela influera sur les revendications plus fortes du côté flamand qui ne disent ne plus vouloir tirer derrière eux le « boulet » wallon. Des facilités fiscales, la proximité de la mer (ports d’Anvers et de Zeebrugge) et la sidérurgie (SIDMAR à Gand) sont pour quelque chose dans le développement de l’économie du Nord du pays. L’apparition dans les années 90 d’une économie de service (renforcement du secteur tertiaire) et de l’informatique entraînera un redémarrage de l’économie. En 2004, d’après un classement établi par les Nations Unies (Human development index »)la Belgique se classe en sixième place mondiale en terme de qualité de vie.


Au lendemain de la deuxième guerre mondiale, on cherche à ne pas imposer de sanctions trop lourdes à l’Allemagne, comme celles imposées au traité de Versailles à la fin de la première guerre mondiale et décidées lors d’une réunion qui eut lieu à Spa en 1920, ce qui avait conduit à un sentiment de revanche causant la montée de l’hitlérisme, et des tentatives de collaboration entre la France et l’Allemagne vont naître à l’instar du plan Coudenhove-Kalergi en 1922 (projet de « pan-Europe ») qui a échoué ainsi que la Société des Nations (S.D.N. dont Paul Hymans inaugura la présidence et et une avenue de Woluwé-Saint-Lambert porte son nom ; celui-ci a aussi contribué à rendre l’enseignement obligatoire et à instaurer le suffrage universel) précurseur de l’O.N.U dont la première session sera présidée par Paul-Henri Spaak.


Victor Hugo au 19è siècle avait déjà dit : « nous aurons ces Etats unis d'Europe qui couronnent le vieux monde comme les Etats Unis d'Amérique couronnent le nouveau monde ».

L'unification de l'Europe a été une révolution car ses promoteurs ont choisi, en toute connaissance de cause, de rompre avec la formule « malheur aux vaincus ».

Elle se fera dans un contexte de développement économique, de décolonisation et de liquidation des dernières poches de dictature sans être toutefois une troisième voie en les USA et l'URSS

car toujours sous la protection du parapluie américain. Churchill en 46 à Zürich avait de même dit « nous devons créer une sorte d'Etats Unis d'Europe ».


En mai 1948, un congrès de l'Europe se réunit à La Haye (dans la « ridderszaal » du parlement ) pour coordonner et canaliser les efforts respectifs entre tendances fédéralistes et les partisans du maintien de la souveraineté nationale.

De là abourtira notamment la création du Conseil de l'Europe (confirmée à Londres en mai 49),du centre européen de la culture,du Collège d'Europe (not. À Brugge) du Cern (centre d'étude et de recherche nucléaire)

En 1948, toujours, à Bruxelles au palais des Académies, sera signé le traité créant l’U.E.O.(l’union de l’Europe occidentale) dans un but de défense collective.

Outre l’aide apportée par les Américains par leur « plan Marshall » dont l'OECE était chargée d’assurer la répartition, ce sera la C.E.C.A. la Communauté économique du charbon et de l’acier visant à unifier les productions de l’Allemagne et de la France ( « resolved to subsitute the for old age rivalries by the merging of theiressentials interests ») et le projet de communauté européenne de défense que contrecarrèrent au début les gouvernements homogènes CVP car ils allaient avoir pour effet de transférer des compétences à des institutions supranationales.

Alcide de Gasperi, Paul Henri Spaak, Adenauer et Robert Schuman en sont les instigateurs ainsi que Jean Monnet, Borchette et Spinelli (qui vécut de 1971 à 1976 au 12, rue Boileau à Etterbeek et donne son nom à un des deux nouveaux bâtiments du Parlement européen).


Ce sera le début du processus d’unification européen qui conduira à la C.E.E. puis à l’Union européenne (U.E.) et à la conclusion de divers traités ( Rome, Maastricht,…) dont l’unification est tentée par la Constitution européenne qui a été rejetée par plusieurs pays (France, Pays-Bas par referendums), parfois à cause de préoccupations nationales.

Parmi les Belges qui s’y sont illustrés, citons Jean Rey(président de la CEE en 1967), Jean Duvieusart et surtout Pol- Henri Spaak , l'homme d'Etat qui signera en le 25 mars 1957 pour la Belgique le traité CEE-Euratom (énergie atomique)et qui deviendra en 1957 secrétaire général de l’O.T.A.N. Pour préparer et signer le traité de Rome, Spaak sera assisté de Robert Rothschild, le diplomate, des hauts fonctionnaires Jean-Charles Snoy et d’Oppuers et d' Albert Hupperts (ministères de l'Economie et Affaires étrangères). C'est dans le domaine de « Val Duchesse », sis sur le territoire de la commune d'Auderghem, que les travaux préparatoires à la rédaction des traités furent rédigés au cours des six mois précédant la signature du Traité de Rome, -après la conférence de Messine (Taormina plus exactement) en Sicile où se réunirent en mars 1955 les six ministres des affaires étrangères de la CECA et la conférence de Venise où fut adopté le rapport Spaak- et que se réunit la conférence intergouvernementale convoquée à cet effet. Les deux traités de Rome furent signés au Capitole, en la salle des Horaces et des Curiaces.

Comme le souligne Jacques Santer: «  l'histoire de la construction européenne est une succession de crises et de nouvelles impulsions ( un peu comme les courbes de Kondratieff) et l'unification européenne n'est pas une fin en soi mais un moyen pour réaliser un projet de paix. »

L’union économique Benelux (Belgique-Nederland-Luxembourg), à l’origine une union douanière signée le 13 octobre 1944, entrera en vigueur en 1958.Y contribuèrent non seulement Spaak, mais aussi le Luxembourgeois Joseph Bech et le Néerlandais Jan Willem Beyen.


L'influence de Beveridge ( ministre anglais créateur de la « sécurité sociale » à la base de l'état providence moderne) et de Keynes (politique monétaire pour influencer les investissements et donc la demande) est indéniable sur les politiques économiques et fiscales.


En 1958, la Belgique est avec la Suisse le seul créditeur d'Europe. L'expo universelle qui se déroule cette année là et accueille 42 millions de visiteurs est un signe « que l'humanité est entrée dans une nouvelle ère de son histoire. »


Dès 1970, un article 25bis est inséré dans la Constitution afin de permettre une délégation de compétences nationales à des entités supranationales, qu'elles soient européennes ou même mondiales. L'arrêt « le Ski » de la Cour de Cassation du 27 mai 1971 consacre aussi la primauté d'une norme de droit international applicable dans l'ordre juridique interne et susceptible d'avoir des effets directs.


Plus récemment, divers hommes politiques européens belges ont joué un rôle :

-Albert Coppé qui fut durant plus de 20 ans vice-président de la Haute Autorité de la CECA puis membre dela Commisson européenne jusqu'en 1973 avant de devenir ministre du gouvernement belge et membre du conseil d'administration de sociétés et d'oeuvres caritatives;

-Paul van Zeeland ( représente la Belgique en 1948 et est un des créateurs de la ligue européenne de coopération économique.)

-le Vicomte Etienne Davignon , qui fut commissaire(qui intervint aussi plus tard comme membre du conseil d’administration de la Société Générale au moment de l’OPA de C. De Benedetti), surnommé « Stevy » spécialisé dans l’industrie (notamment lors de la fermeture de l'usine sidérurgique d'Athus en 1977), l’énergie et les télécommunications celui-ci négocia des accords importants avec des pays tiers;

-Willy Declercq, le libéral flamand qui fut aussi commissaire à la Justice et lorsqu’il était ministre des finances a créé les obligations à précompte mobilier réduit (AFV Declercq-Cooremans en s'inspirant du ministre français Monory);

-Pierre Wigny a dirigé la fraction des Démocrates Chrétiens et en tant que ministre des Affaires étrangères a proposé la réunification de la CECA avec la CEE dès 1959.

Karel Van Miert (concurrence)- qui ne craignit pas de se montrer impopulaire chez nous par la condamnation de l’Etat belge pour le plan Maribel(1981)- soit la réduction de cotisations de sécurité sociale pour encourager le redressement économique de secteurs qui engagent beaucoup de main d’œuvre, ce qui sera considéré comme des aides d’état allant à l’encontre des règles de concurrence prévues notamment à l’article 92 du Traité de Rome- et pour la même raison le rejet de l’aide aux forges de Clabecq;

-Philippe Busquin (recherche scientifique);

-Louis Michel actuellement (coopération au développement);

Serge Brammertz né à Eupen est procureur auprès de la Cour pénale internationale et a dû notamment s'occuper de l'assassinat du président Hariri au Liban. Il va remplacer Carla del Ponte au TPIY.


Gilles de Kerchove d'Ousselghem vient d'être désigné comme prochain coordinateur européen pour la lutte anti-terroriste.


Le professeur Franklin Dehousse qui représenta la Belgique lors de la négociation du traité d’Amsterdam ; il est aussi juge au tribunal de première instance de la CJCE ;

Wilfried Martens, plusieurs fois premier ministre, dirige actuellement le PPE « parti populaire européen » qui regroupe les partis démocrates chrétiens européens même s’il y a parfois de profondes divergences de vue entre un parti comme le cdH et la CSU bavaroise de Edmund Stoiber! Ce groupe est le plus important représenté au sein du Parlement européen qui compte depuis l’élargissement à 27 membres, 785 membres et qui, contrairement aux Parlements nationaux, n’a pas le droit d’initiative.

D’autre part, il est question dans le projet de Constitution européenne de remplacer la présidence tournante tous les six mois par un président qui aurait un mandat de deux ans et demi.


A un moment donné, le premier ministre belge Guy Verhofstadt était pressenti comme président de la Commission.

D’autres Belges ont occupé ou occupent des fonctions dans des organismes européens : Melchior Wathelet et Koen Lenaerts (Cour de Justice C.E.), Philippe Maystadt ( Banque européenne d’investissement différente de la Banque centrale européenne (BCE dont un est pères fondateurs est Alexandre Lamfalussy) que préside actuellement le Français Jean-Claude Trichet), Jean-Pol Poncelet (Agence spatiale européenne) et l’ancien premier ministre Jean-Luc Dehaene, surnommé « le taureau de Vilvorde , le démineur ou le plombier » qui avec Valéry Giscard d’Estaing et Giuliano Amato a travaillé dans la Convention qui a élaboré la projet de Constitution.

Beaucoup plus tôt, Léo Tindemans (premier ministre de 1974 à 1978, président du PPE de 1976 à 1985) fut chargé de rédiger un rapport définissant ce qu’on entend par le concept d’« Union européenne » et en 1976 sur les objectifs de l’ « Union européenne ».Il préconisait un élargissement des pouvoirs d’exécution de la commission européenne et la mise en place d’une union économique et monétaire et d’une véritable politique étrangère et de sécurité commune.

Les premières élections européennes au suffrage universel eurent lieu en 1979. Comptant alors douze Etats soit une population de 320 millions d’habitants, la Belgique y avait élu 24 députés européens.

L’Union européenne édicte des législations telles que les directives (ex : la directive Bolkestein tant critiquée car elle veut instaurer une concurrence entre services et nuirait au système des pensions ou encore la directive Reach première législation au monde sur le contrôle de la chimie afin de mieux protéger le consommateur et l'environnement), directement applicables en droit interne et les recommandations. Les traités doivent être ratifiés par les Parlements nationaux et la condamnation d’un état par la Cour de justice lui enjoint de modifier sa législation interne(ex. arrêt Marckx qui entraînera dans notre législation la fin de la discrimination des droits entre enfant naturel et légitime) pour la mettre en adéquation avec la législation européenne.


En 2002, fut mis en circulation l’euro(€),qui supprime les risques de change qui déséquilibraient les négociations commerciales entre Etats membres et qui est issu

des négociations sur le serpent monétaire qui a donné naissance à l’ECU (« european count unit ») et la création d’une banque centrale européenne a rendu cela possible.

Pour rentrer dans l'euro, l'objectif de Maastricht imposait la réduction de la dette publique à 3% du PNB, ce qui fut une des tâches des gouvernements dirigés par Jean-Luc Dehaene.


La Belgique figure dans l’espace « Schengen »(village luxembourgeois où furent signés ces accords) marqué par une suppression des frontières intérieures et un espace unique de sécurité et de justice. Les bâtiments de la Commission sont disséminés dans Bruxelles mais le plus connu « le Berlaymont » a dû durant de nombreuses années faire l’objet d’un désamiantage, tandis que le Conseil des ministres se réunit souvent dans le bâtiment annexe appelé le « Charlemagne ».

A noter aussi que la Belgique assura la présidence tournante de l'Union européenne du premier juillet au 31 décembre 2001, marquée par la déclaration de Laeken (et qu'elle l'assurera à nouveau entre juillet et décembre 2010 pour autant que la présidence tournante existe encore car il est question de la supprimer). Depuis le premier janvier 2007 et pour deux ans , elle siège au conseil de sécurité de l'ONU, sorte de pompier planétaire.


L’élargissement récent de l’U.E. à certains anciens pays de l’Est (1er mai 2004) a augmenté le nombre de membres à 27 et la candidature de la Turquie( l'exigence de démocratie ne va t'elle pas tuer la démocratie ? cfr conflit entre l'armée et le parti islamiste,argument kémaliste contesté avancé par J. Rifflet, contra: notamment l'écrivain français Michel Houellebecq dans son livre « Plateforme » où il montre la nécessité d'une conciliation et d'intégration du monde de l'Islam) et de l'Ukraine, pose la question des limites de l’U.E. Revient alors à l’ordre de jour la question de savoir si on aura une « Europe de l’Atlantique à l’Oural » (citation du général De Gaulle) et au plan de la géo-politique à long terme, la question de savoir si la Chine s’alliera à la Russie ou si la Russie se tournera vers l’U.E. Mais il est un fait que la Russie ce n’est ni l’Europe ni l’Asie: elle a sa propre culture façonnée par la religion orthodoxe, toute l’histoire des Tsars et l’ère de communisme marquée par une économie sclérosante de plan.


Au plan international, à la suite de la victoire des alliés en 1945, les USA draineront des fonds vers les pays alliés(plan Marshall-supra) afin de redresser leur économie et la conclusion du Traité de Yalta conduisit à la naissance de deux blocs : l’Ouest qui conclura le traité de l’Atlantique Nord (O.T.A.N.) pour se défendre et les pays du bloc soviétique qui comprenait l’Europe de l’Est regroupé par le pacte de Varsovie.La mort de Staline en mars 1953 nous fera passer de la « guerre froide » à une ère de « coexistence pacifique ». Le blocus de Berlin et la crise des missiles à Cuba (Kennedy) ont tendu la situation entre les deux blocs, de même que l'installation des missiles (SS-20), l'invasion de l'Aghanistan par les Russes (1981) et la réponse américaine en 1983 (missiles Pershings qui suscitèrent le mécontententent des pacifistes (« lieber rot als tot ») et la réponse de Mitterand (« les missiles sont à l'Est, les pacifistes à l'Ouest »).


A noter aussi le rôle de Pierre Harmel dans un rapport qu'il a rédigé en 1967 pour définir les futures tâches de l'Alliance atlantique .(« doctrine Harmel »)


Suite au coup de gueule du Général De Gaulle, la France se retira de l’OTAN vers 1970 et le S.H.A.P.E. (« Suprem Headquarter of Allied Powers in Europe »-quartier général) s’installa à Casteau entre Mons et Soignies alors que d’autres bureaux sont situés à Evere.

Le 9 novembre 1989 le bloc de l’Est s’est effondré notamment sous l’influence du pape Jean-Paul II qui a soutenu dans son pays d’origine le mouvement de révolte syndicale « Solidarnosc » dirigé par Lech Walesa depuis les chantiers navals de Gdansk où il était électricien, mouvement dont on fête de ces jours-ci l’anniversaire des 25 ans et la politique de Gorbatchev appelée « perestroïka et glasnost », transparence et réorganisation et modernisation.


Nous sommes redevenus donc un monde unipolaire, puisque l’opposition des deux blocs a disparu mai il pourrait devenir multipolaire avec l’Union européenne, les Etats-Unis et la montée des puissances économiques asiatiques (Chine, Inde, Japon). Un autre événement important est l'attentat contre les « Twin towers » à New York par deux avions détournés par des terroristes d'Al Caïda , dirigés par Ben Laden (Afghanistan), le 11 septembre 2001. Cela a changé les rapports de force, l'Amérique se croyant auparavant invulnérable et a contribué à renforcer les mesures de sécurité dans les aéroports.


Nous sommes rentrés dans une troisième ère de mondialisation, après (1)celle de la caravelle et de la boussole,(2) celle du steamer, du télégraphe, de l'avion et de la radio, voici celle du contener, de l'internet et du pipeline. Les enjeux géopolitiques futurs tourneront autour de l'eau et du pétrole (sic J. Rifflet). D'autres défis seront de préserver la sécurité sans sacrifier les libertés fondamentales, de permettre la mondialisation de l'économie tout en maintenant notre sécurité sociale et les acquis sociaux.


Deux visions quant à l’Union européenne opposent la Grande Bretagne et les pays continentaux : la première comme les Etats Unis voient l’Europe surtout en une zone de libre échange, voulant limiter sa participation financière (cfr Margaret Thatcher « give my money back » tandis que l’autre vision partagée par l’Allemagne, la France et les autres pays continentaux voient dans l’Union européenne essentiellement une Europe politique.

Le livre qui vient de paraître du premier ministre Guy Verhofstadt « de Verenigde Staten van Europa » a pour but de redonner espoir au projet européen à un moment où l’on jette la pierre à l’Europe qu’on rend responsable de beaucoup de maux.

Il est un fait que « l'Europe va mal car beaucoup d' Etats la voient sous le prisme de leur intérêt national plutôt que comme réponse collective à des défis communs ». (P.Maystadt, RTBF, 11/2/2007).

Après l'échec des réferendums en France et aux Pays Bas,le 23 juillet 2007 a commencé une nouvelle négociation intergouvernementale afin de tenter de s'accorder sur un traité de constitution simplifié.

Ce traité qui remplace donc le projet de Constitution a été signé par les chefs d'états à Lisbonne en décembre 2007, entrera en vigueur le premier janvier 2009 à condition d'être être ratifié par les parlements nationaux.


L'ancien leader socialiste, Guy Spitaels, vient de rédiger un livre « Chine-USA la guerre aura t'elle lieu ? »où il étudie les relations et rapports de force futurs entre les Etats-Unis et la Chine.


Un colloque sur l'avenir de l'Union européenne à l'occasion du cinquième anniversaire du Traité de Rome s'est tenu au Parlement fédéral belge le 9 mars 2007 avec pour orateurs de nombreux professeurs, dont certains du Collège d'Europe à Bruges. En voici quelques échos:


A l'heure où le poids de l'Europe dans le monde s'amoindrit (29% du PIB mondial en 1957 pour 21% aujourd'hui), face à une Asie en croissance dont surtout la Chine et l'Inde, après Singapour,la Thaïlande,la Corée,.(18% du PIB mondial en 1957, 34% auj.) ,où l'Europe risque de devenir un tiers monde avec le départ des chercheurs et le coût plus bas de la main d'oeuvre , la stratégie de Lisbonne ébauchée en 2000 avait pour but de créer en Europe « l'économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde » , face aux défis qui suivirent la crise pétrolière, à savoir l'accélération de la globalisation et l'essor des technologies de l'information.

Cette stratégie a cependant eu pour défaut d'avoir mis en place un trop grand écart entre les objectifs poursuivis et les moyens mis pour les réaliser.

En 2005, une nouvelle stratégie de Lisbonne s'est plus spécialement attaquée au problème de l'emploi de la croissance et de l'innovation.

On cherche aussi à dynamiser les institutions publiques pour qu'elles soient plus efficaces.Elle prévoit aussi plutôt que de faire des benchmarkings (évaluations-audits) à objectif comparatif, d'instaurer une coopération entre pays pour qu'ils se communiquent leurs « best practices ». Dans ce cadre, l'UE doit être un « coach »pour arriver à une vision commune et des valeurs partagées.

Les compétences de l'UE résulte de l'article 5 du traité (celles qui lui sont expressément attribuées) et celles qui résultent de la subsidiarité (càd dans les domaines où elle est la plus efficace pour agir).


Au sujet de la réforme des institutions, l'existence d'un droit de veto est un facteur de blocage et il faudrait remplacer la règle de l'unanimité par celle de la majorité qualifiée.

Le conseil européen se substitue trop souvent aux autres instances. La question de la présidence du Conseil se pose s'ajoutant à la présidence tournante et au ministre des affaires étrangères de l'UE.

Un traité limité devrait être voté avant les élections de 2009, souhaite le professeur C. Franck.

On évoque aussi que les matières fiscales, de la protection sociale et du développement durable devraient être appréhendées d'une façon minimale par l'UE, tout comme les points d'une Europe de la défense, un vieux projet et du marché intérieur de l'énergie.


Ce même jour, le sommet européen qui s'est tenu à 500 m de là a décidé de prendre des mesures visant à lutter contre les changements climatiques dont l'objectif est de pouvoir réduire de 20% l'émission de gaz à effets de serre et de faire en sorte que les énergies renouvelables constituent 20% de la production d'énergie totale.


Un autre débat avec E Davignon et P. Maystadt a été organisé par le cdH (cpcp) à l'occasion des 50 ans du traité de Rome le 23 mars 2007.


«  Si l'Europe est en panne, qu'on a peine à prendre des décisions, elle doit faire quelques progrès dans les domaines qui intéressent les citoyens européens :à savoir

-sur le plan de la sécurité intérieure, dans le domaine du trafic des êtres humains,de la grippe aviaire, de la criminalité organisée,de même au plan des changements climatiques.

- en outre,


A la question posée en guise de conclusion à Joëlle Milquet,la présidente du cdH « que sera l'Europe dans 50 ans ? » elle répond:

Les institutions européennes devront avoir un président élu directement, un vrai gouvernement (la commission) responsable devant le parlement européen.

Pourquoi pas imaginer des partis politiques et des circonscriptions à l'échelle européenne ainsi qu'une Cour constitutionnelle européenne ?

Pourquoi ne pas imaginer le bicaméralisme européen (chambre des citoyens, et sénat des états) ? Et une coopération entre parlements nationaux et européens ?

En terme de gouvernance mondiale, un seul ministre des affaires étrangères devra représenter l'UE et il faudra une politique fiscale européenne.

Mais pour tout cela, cette réelle utopie qu'est l'UE devra réenchanter les citoyens.


Le 18 décembre 2007, en l'hôtel de ville de Saint Gilles, l'ancien premier ministre français Michel Rocard a tenu une conférence intéressante sur l'Europe, accompagné de Charles Picqué et Carlo Luyckx. : en voici quelques échos.


« L'Europe est un géant formidable, la 3è puissance mondiale collective après la Chine et l'Inde mais avant les USA, mais le problème est qu'elle n'a pas de personnalité juridique et c'est la seule collectivité qui ne se définit pas par son territoire. La défense est encore assurée par les gouvernements nationaux.Son architecture institutionnelle est difficile à comprendre.

Le personnel de l'UE est inférieur à celui de la ville de Paris. Politiquement l'UE n'existe pas, elle ne possède pas de diplomatie commune, pas de politique étrangère sauf au Moyen Orient.

Economiquement parlant , elle est la première ou la deuxième puissance économique du monde, (PIB= 10800 milliards de dollars en 2005, légèrement devant les USA)

Elle est le premier exportateur mondial (19%) et le second importateur (16%) et l'€ est la première monnaie mondiale pour l'émission d'emprunt d'état.

La moitié du PIB des USA résulte de l'économie immatérielle et spéculative.

L'Europe a réussi à réunir des peuples qui auparavant se battaient entre eux comme les Hutus et les Tutsi ou comme les Serbes et les Croates: les Allemands et les Français, les Polonais et les Allemands, les Hongrois et les Roumains. Il faudrait idéalement faire rentrer les Palestiniens et les Isaraéliens dans l'UE pour les réconcilier !

Pour faire rentrer la Turquie, il faudrait qu 'elle reconnaisse le génocide arménien, résolve le problème kurde et le problème chypriote.

5 républiques anciennement soviétiques où le Turc est la langue possèdent la 2è réserve de pétrole et donc il faut éviter pour avoir accès à cela d'être xénophobes à l'égard de la Turquie..

De même la Sibérie possède pas mal de ressources et si l'Europe veut éviter sur cette région une emprise sino-japonaise,elle doit contribuer à développement de cette région.

Victor Hugo et Aristide Briand avaient au 19è siècle aussi parlé déjà des Etats Unis d'Europe.

La mobilisation européenne a produit de beaux résultats:

Mais nous sommes absents à l'ONU, en Amérique latine et en Asie. L'Europe a eu cependant une bonne initiative en Iran.

Pourquoi tant d'impuissance diplomatique et de paralysie de l'Europe ? Les Pères fondateurs rêvaient des Etats Unis d'Europe qui incluait la diplomatie et l'armée mais ce rêve est mort à cause de la Grande Bretagne . Dans l'histoire, la culture anglaise est que du continent ne vient que des ennuis, elle s'est souvent alliée avec la deuxième puissance du continent.

Pas mal de pays se sont joints à l'Europe pour en faire une « grande Suisse ».Seul Jean-Claude Junker est capable de prendre de vrais risques .

Le budget de l'Europe est de 1% du produit national. Le conseil des ministres a décidé de ne pas financer ses décisiones en matière de politique agricole commune.

Elle a inventé le successeur du GPS, le système Galiléo.On est aussi présent en matière de changements climatiques.

Mais l'Europe est politiquement morte alors que la puissance militaire des USA est la plus grande de tous les temps.

On doit pourtant assurer la pérennité de notre civilisation européenne face à la Chine.

Au plan économique, en 25 ans, la part des salaires et des allocations de sécurité sociale qui finance les revenus a diminué de 11%, soit 140 milliards de moins manque à gagner,ce qui augmente le chômage de 2%.

Après 1945, Beveridge a mis en place la sécurité sociale, Keynes a influencé la politique budgétaire et monétaire au délà des objectifs nationaux et Henry Ford voulait payer des salaires pour que ses ouvriers achètent ses voitures.

La spéculation (Hedgefunds (fonds d'arbitrage),les OPA, les subprimes) inclut 2500 milliards d'€ qui ne vont plus à l'investissement industriel.

La dette américaine a explosé avec Reagan ( « les sociaux-démocrates gèrent mieux que les fous ultra-libéraux »).Si le pétrole flambe,la dette ne devient plus payable. Cette dette américaine est financée à 8 % par l'Asie et 15% par la Chine.

La consommation du peuple américain n'est assurée qu'à 55% par les salaires. Rocard critique ici la spéculation financière et la culture boursicotière américaine.

L'économie américaine sera donc beaucoup plus sensible que l'européenne en cas de crise boursière; en outre, des capitaux émanant des pays émergents arrivent pour financer les déficits.


Picqué rajoute que si la Chine est une économie d'assemblage, l'Europe devrait se spécialiser dans une économie de la connaissance.Elle a toujours su conjuguer libre échange et régulation.

Il parle de la clause de opt-out: Europe à différentes vitesses alors que la Suisse et la Norvège ont aussi des accords de partenariat.La limite n'est pas claire !


Mr Guilbaud lors en conclusions d'une conférence du 14/3/2008 sur l'Eurasie clôturant un cycle de conférence sur les grands défis de l'Europe du XXIè siècle organsié par le centre de culture européenne précise que les Américains vivent sur une épargne négative, avec la crise des subprimes ils sont rentrés dans un processus de stagflation pour plus de 10 ans, cette crise ayant débuté en 1971 lorsqu'on a supprimé la liaison du dollar à l'or; le niveau d'endettement des USA est de 500% du PIB. Le déficit des USA devenu insolvables est financé par la Chine et la Japon.

Aujourd'hui la Chine est la troisième puissance mondiale mais dans une quinzaine d'année elle deviendra la première.

On se dirige donc vers un choc frontal USA-Chine, et la Russie sera en position d'arbitre.

Les Européens seront ils capables de construire le rêve européen par rapport au rêve américain qui est en train de s'évanouir ?


(nb: Olivier Hubac: on peut cependant se demander dans cette course si l'Inde ne devancera pas la Chine qui est moins vite autonome qu'elle au plan technique et ne supporte pas la contestation, (preuve en est la répression des troubles au Tibet )par crainte de contamination au niveau politique et social à l'intérieur de la Chine elle même, ce qui aurait pour effet d'instaurer des mouvement sociaux ayant une influence sur les prix des articles produits, ce qui réduirait leur effet concurrentiel par rapport à ceux produits par des pays où des garanties sociales existent pour les travailleurs.)

Le système des castes en Inde est un facteur qui empêche les révoltes sociales.


Une idée tirée de la théorie des avantages comparatifs serait que l'Inde se spécialise dans les produits hauts de gamme (cfr Lashmi Mittal sur Arcelor, rachat de Jaguar et de Range Rover par Tata (capitalisme socialiste ou colonialisme inversé ? intitule le Morgen du 29/3/2008,Satyam en informatique rachetant la société de consultance belge S&V) tandis que la Chine, bien qu'elle possède aussi des produits haut de gamme, produit des biens de moins haute qualité (cfr Logan de Renault) que des pays plus pauvres pourraient se permettre. Mais l'application de cette théorie, destinée à éviter que les produits chinois n'envahissent aussi le marché européen, causant ainsi une concurrence à notre industrie, ne tiendra sans doute pas la route car la volonté des Chinois est d'accroître la qualité de leurs produits.Elle renforçerait en outre l'influence de la Chine dans les pays en voie de développement et vu l'absence de critères éthiques des produits pourrait entraîner des dégâts à la santé de la population.

Voir à ce sujet « La Chinafrique,Pékin à la conquête du continent noir,par Serge Michel et Michel Beuret,éd.Grasquet et Fasquelle,2008 : les Chinois ont proposé un New Deal à l'Afrique ou celle ci est elle devenue le far-west des Chinois ?;de 500 à 750.000 Chinois s'y sont implantés comme 900 grosses entreprises chinoises y ont implanté des succursales, sans exiger le principe de bonne gouverance et sans se poser les questions écologiques (cfr exportation de bois) et sociales (main d'oeuvre chinoise utilisée).

L'Inde, la Corée,le Brésil, (pays émergents) et l'Allemagne s'intéressent aussi à l'Afrique mais il ne faudra plus commettre les mêmes erreurs que celles de la colonisation.




Suite à la crise boursière de septembre 2008, notamment due à la crise de subprimes aux USA et à diverses faillites, et en Belgique suite à l'effondrement du cours de l'action Fortis dont la solidité financière a été renforcée par une intervention de l'Etat ainsi que pour Dexia et Ethias, se pose la question de la nécessité ou pas d'un contrôleur mondial au niveau des bourses, d'une législation mondiale sur ce qu'on peut autoriser ou pas (mais où la limite ?).
Cette crise marque t'elle la fin du capitalisme (R. Petrella) ou au contraire va t'on vers un monde plus rude en matière de capitalisme (B. Colmant ) ?