2.Résumé d’histoire de Belgique de Charles V à la défaite de Napoléon à Waterloo
A. Après les Bourguignons, la Belgique sous les Habsbourgs d'Espagne(1515-1713)
A la mort de Marie de Bourgogne en 1482,son époux Maximilien d’Autriche hérite du pouvoir, qu’il transmet en 1494 à son fils Philippe le Beau. Ce dernier, Duc de Bourgogne et Archiduc d’Autriche, épouse deux ans plus tard la future héritière du Trône d’Espagne, Jeanne de Castille dite « la Folle » à cause de son déséquilibre mental (neurasthénie), l’une des filles des rois catholiques Ferdinand et Isabelle : c’est ainsi que les provinces belges tombent pendant deux siècles sous la domination espagnole.
En 1516 leur fils Charles Quint(V) succède à son grand- père Ferdinand et est proclamé roi d’Espagne dans une cérémonie à Sainte Gudule. Il préside aussi ainsi l’Ordre de la Toison d’Or, société créée le 11 janvier 1430 par Philippe III le Bon à Bruges ayant pour but de faire revivre la Chevalerie chrétienne qui avait entraîné les Croisés vers les Lieux Saints.
A noter ici les liens entre nos souverains et les souverains portuguais: d'une part, Philippe Le Bon se maria en 1430 avec Isabelle, fille de Joao de Portugal et soeur de Henri le Navigateur (voir peinture de Van Eyck au musée des Beaux-Arts de Gand), d'autre part Charles V épousa la fille du Roi Manuel 1er du Portugal, aussi appelée Isabelle de Portugal, sans oublier qu'enfin ,vers 1837-1838 la Belgique s'ingéra dans les affaires intérieures du Portugal, car la jeune Reine du Portugal Dona Maria, âgée de 17 ans était déjà fiancée au Prince Ferdinand de Saxe-Cobourg-Gotha, neveu du Roi des Belges).
En 1519 Maximilien, empereur d’Allemagne, décède et Charles, au menton prognathe, hérite des Etats autrichiens.
Bruxelles retrouve alors son rôle de capitale bien que Marguerite d’Autriche gardera son palais à Malines. Il est donc assez paradoxal que les fêtes qui ont marqué le 500è anniversaire de sa naissance en 2000 se soient déroulées en Flandre et pas à Bruxelles souligne l’historien Roel Jacobs même si l’Ommegang rappelle la présentation de Philippe II par son père.
Il règne alors sur un empire « où le soleil ne se couche jamais ».Il ne réside pas aux Pays- Bas bien que né à Gand . Il se fait représenter par un « amman » en son absence même pour certains contrats. Son mariage avec Isabelle de Portugal est célébré en 1526 à Séville.
Gand à cette époque est la deuxième ville la plus importante au Nord des Alpes après Paris d’où son expression « je mettrai Paris dans mon Gand ». Il confiera le gouvernement du pays à sa sœur Marie d’Autriche, dite « de Hongrie » car veuve du roi Louis II de Hongrie pour succéder à Marguerite d’Autriche. Celle-ci demanda à l’architecte- sculpteur Jacques Dubroeucq de construire le château de Binche et de décorer celui de Mariemont à Morlanwelz. On doit à celui-ci, natif de Mons, aussi les statues et la jubé démoli par la révolution française de la collégiale Sainte Waudru ainsi que le château de Boussu -assiégé en 1655 par Louis XIV accompagné de Mazarin -qui a appartenu à la suite à la famille de Hénnin-Liétard et de Caraman-Chimay.
A noter qu’au siècle de Bourgogne la musique belge était quasi la seule en Europe occidentale. Cela changera au XVIè siècle dans lequel il faut citer un autre Montois, Roland de Lassus(« Orlando di Lasso » ou Delattre en français), maître de chapelle du duc Albert V de Bavière, qui est connu pour ses messes polyphoniques.Un autre Hennuyer découvert par Charles Emmanuel de Bavière, François (de) Cuvilliés, natif de Soignies,travailla plus tard à la fin du 17è comme architecte à la cour de Bavière.(cfr façade de l'église St Gaetan à Münich)
Albrecht Dürer, le peintre allemand en visite en 1520, est émerveillé par la beauté de Bruxelles.
Durant le règne de Charles V, l’anatomiste André Vésale(1514-1564) fut un des initiateurs des dissections qui marquèrent les progrès de l’anatomie à une époque où la médecine végétait dans la médiocrité, les maladies étant attribuées aux humeurs secrétées par le corps qu’on devait expulser par des saignées (cfr hôpital à la Rose à Lessines). Il fut médecin de Charles V et son père tenait une pharmacie dans le quartier des Minimes. On lui doit non seulement des planches d’anatomie et le recueil « De humani corporis fabrica libri septem » ce qui lui valut des critiques.
Erasme à cette époque possédait des amis à Bruxelles et y résida quelque temps au « Swane ». On lui doit « l’éloge de la folie »écrit en une huitaine de jours en 1509 lorsqu’il logeait chez Thomas More, ainsi que « les Colloques » et « les adages »et son musée sis dans la maison en briques espagnoles où il habita cinq mois en 1521 se visite à Anderlecht près de l’église Saint-Guidon. Son meilleur ami était en effet Thomas More, chancelier d’Angleterre et auteur de l’ « Utopie », description de l’île ou de la cité idéale. Il a donné son nom à la faculté de droit de l’U.C.L sise sur la place Montesquieu à Louvain-la-Neuve.
Au 16ème siècle, c’est à Anvers que toutes les fortunes se font : plus important que celui de Londres à l’époque, on y apporte or, épices, fruits exotiques, étoffes.
Vers 1530 Abraham Ortelius y publie la première planisphère et le premier atlas mondial est imprimé sous le titre « Theatrum orbis terrarum » en1570 ainsi que le premier dictionnaire géographique suite au développement de l’imprimerie (notamment l’imprimerie Plantin-Moretus et c’est Dirk Martens qui en 1473 a publié les premiers livres ; son musée à Anvers conserve ce qui est sans doute la plus ancienne presse typographique connue, datant de 1600 qui a servi à reconstituer le modèle de la presse dite de Gutenberg à Mayence).
Jacobus Florentius van Langren , au service du roi d'Espagne Philippe IV, produira dès 1628 une carte détaillée de la lune (d'où le fait qu'un cratère de celle-ci porte son nom), des Pays bas espagnols et des plans pour améliorer les ports de Dunkerque , Ostende et Anvers.
Gérard Mercator est le premier à avoir pu donner une carte du monde à plat à partir de calculs tenant compte des latitudes et des longitudes. Il publia des cartes beaucoup plus précises qu’auparavant et aujourd’hui encore, cinq cent ans plus tard, la projection de Mercator est toujours utilisée dans la navigation maritime, aérienne et même dans l’espace.
Un peu plus tard, à la même époque que Bernard van Orley dont les oeuvres furent influencées par celles de Raphaël et Michelange, le peintre Pierre Breughel,- de l’école maniériste comme en Italie le Tintoret et en Espagne El Greco (aux personnages longilignes)- et , qui naquit rue Haute et fut enterré en l’église de la Chapelle fut le peintre des kermesses et celui d’une grande sagesse populaire. On lui doit en autres la chute d’Icare, la Tour de Babel, et l’adoration des Mages.
Toujours au 16è siècle, Rombaud Dodonée (« Dodoens » en flamand) est le plus illustre botaniste belge. Né à Malines, il est l'auteur du « Cruyde Boeck » qui fut le premier à proposer une classification pour les plantes -bien avant Carl von Linné (on fête partout en Suède le 300è anniversaire de sa naissance en 1707) depuis l'université d'Uppsala en Suède vers 1730-.
Son ouvrage, publié en 1554 sera traduit dans de nombreuses langues et servira de référence dans toutes l'Europe.
Cornelis De Vriendt alias Floris construit à cette époque l'hôtel de ville d'Anvers et collabore à la construction de la cathédrale de Tournai dont il sculpta le jubé. Jean de Locquenghien qui fut bourgmestre de Bruxelles (1546-1574) est l'initiateur du canal de Willebroeck permettant d'acheminer des marchandises vers Anvers et les Pays-Bas sans passer par Malines qui exigeait de lourdes taxes de péage. La plupart des personnages cités dans ce paragraphe ont leur statue à l'arrière du parc du Petit Sablon.
En 1543,malade, Charles V confie l’administration du Royaume à son fils Philippe II et en 1555 se retire au convent de Yuste où il mourra en 1558 et lui abandonne la souveraineté des Pays-Bas. Son abdication est peinte par Louis Gallait (1841).
Malheureusement Philippe II appliquera une politique centralisatrice et prétend diriger nos provinces comme il dirige l’Espagne. Ce sera le début d’un siècle de malheur pour nos régions.
En 1559 il part pour l’Espagne et nomme sa demi-sœur Marguerite de Parme gouvernante des Pays-Bas, et la soumit à un conseil secret-la consulta-dominé par Perrenot de Granvelle, évêque d’Arras, Viglius d’Ayatta, président du Conseil privé et Charles de Berlaymont, gouverneur de Namur.
La politique répressive de Philippe II à l’égard des protestants (Réforme de Luther et Calvin(Genève), Jan Hus qui fut brûlé à Constance en 1415)entraîna « la révolte des gueux »(avec aussi Guillaume d’Orange dit le « Taciturne » et Marnix de Sainte Aldegonde, son secrétaire chargé de missions confidentielles qui joua un rôle de premier plan dans l'histoire des Pays-Bas et dans la Pacification de Gand, outre le fait qu'il ait été bourgmestre d'Anvers (1583) et l' un des plus remarquables auteurs en langue latine, néerlandaise et française du 16è siècle).
C’est l’époque de l’Inquisition marquée par « le compromis des Nobles » (demande du Comte d’Egmont de ne plus appliquer les placards)et de la vengeance des iconoclastes qui saccagèrent pas mal d’églises et qui amenèrent une réaction du roi d’Espagne qui envoya une armée menée par le Duc d’Albe. Le conseil des troubles prononça 8000 condamnations à mort dont celles des Comtes d’Egmont et Hornes le 5 juin 1568 sur la Grand Place, réponse de Philippe II au prince d’Orange dont les troupes, commandées par Louis de Nassau venaient de remporter l’escarmouche d’Heiligerlee.
Le Duc d’Albe fut remplacé par Luis de Requesens.
A sa mort suivra une période d’anarchie, l’armée espagnole impayée pillant plusieurs coins du pays.
Par la pacification de Gand (d'où le nom d'une salle de l'hôtel de ville de cette ville) en 1576, les 17 provinces s’engagent «en vue d’une paix inviolable, accord et amitié» à lutter pour obtenir l’expulsion des troupes espagnoles et les habitants de Zélande et de la Hollande obtiennent le droit de pratiquer le calvinisme à leur gré. Les troupes espagnoles partiront sous don Juan d’Autriche, demi-frère de Philippe II et vainqueur de la bataille de Lépante contre les Turcs suite à l’Edit perpétuel signé à Marche en Famenne en 1577 à condition que le pays renonce au protestantisme et moyennant le maintien du catholicisme et de l’autorité royale. En même temps cependant il écrivait à Philippe II qu’il fallait préparer la guerre ! Guillaume refusa de souscrire à cet édit perpétuel et les Etats sous sa pression destituèrent don Juan de son gouvernement qu’ils offrirent à l’archiduc Mathias, jeune frère de l’empereur Rodolphe II.
Alexandre Farnèse, lieutenant et ami de don Juan, petit- fils de Charles Quint par sa mère Marguerite de Parme, succède à don Juan.
La paix d’Arras consacre en 1579 un accord entre les sept provinces du Sud unies dans «l’Union d’Arras » qui avait été signée à l’Abbaye de Saint-Vaast pour protéger la religion catholique suite au excès du fanatisme débridé des calvinistes (il tire parti du mouvement des « malcontents »)et rejeter l’allégeance à Guillaume d’Orange. Réconciliation entre Philippe II et les Etats de Hainaut, Artois et Douai donc unis dans la « Confédération d’Arras. »
Les provinces protestantes ripostèrent par «l’Union d’Utrecht» qui constitue l’acte instigateur de l’indépendance des Pays Bas actuels à ne pas confondre avec le traité d’Utrecht (infra).
Une scission des 17 provinces eut lieu à cette époque, mais alors donc suite à une révolte des Hollandais protestants qui s’associèrent au sein des « Provinces Unies », en 1568, qui est aussi le début de la guerre qui dura 80 ans. La cause de la guerre est le refus par le roi de la demande de ne pas appliquer l’Inquisition dans nos régions.
Cette révolte va permettre aux Provinces unies de devenir le premier des Etats modernes avec une économie capitaliste et des colonies très rentables. Cela entraînera un déclin pour le port d’Anvers et le développement de celui d’Amsterdam qui accueillit les huguenots français exilés suite à la révocation de l’Edit de Nantes qui avait autorisé le culte protestant en France. L’Espagne ne reconnaîtra l’Union d’Utrecht qu’en 1648 lors du traité de Westphalie en 1648 (infra) qui marque l’isolement de la France malgré que Mazarin, le successeur de Richelieu, ait vainement essayé d’empêcher le déchirement de l’alliance franco-batave.
Cette scission entre les provinces du Nord et du Sud subsistera donc jusqu’en 1815.
Guillaume le Taciturne, prince d’Orange et Alexandre Farnèse, fils de Marguerite de Parme, essayèrent de refaire l’unité des Pays Bas.
A partir de1596, Philippe II au seuil de la mort légua nos provinces aux Archiducs Albert et Isabelle(fille de Philippe II), qui devaient obéir cependant aux ordres de Madrid.
Nous retombons cependant sous le pouvoir de l'Autriche.(1596-1621)
Leur Cour établie à Bruxelles était pleine de magnificence, notamment dans le Palais sis au Coudenberg (souterrains de la Place royale) qui fut détruit par le feu en 1731 et qui soutinrent les arts, dont Pierre-Paul Rubens à Anvers (notamment les peintures l’Erection et la Déposition de la croix) qui fut aussi diplomate au service des Habsbourgs et secrétaire du Conseil privé des Pays-Bas. Il réalisera aussi pour la reine de France, Marie de Médicis, la décoration de son palais du Luxembourg à Paris. C’est l’âge d’or de l’art baroque. Isabelle donna son nom au quartier situé près du parc royal, près de la rue Horta où se trouve une statue du général Belliard ( premier ambassadeur de France de la Belgique indépendante), le musée du cinéma, de la gare centrale à l’emplacement de l’ancien quartier dit de la « putterie »(nom d’origine flamande).
Les Archiducs réussirent aussi à convaincre l’éminent humaniste Justius Lipsius (nom d’une rue et donc d’un bâtiment de l’UE sis au rond point Schuman et dont la statue se trouve près de la gare de Leuven et de la Bondgenotenlaan) , qui fut recteur de l’université de Leyde et dont les leçons étaient empreintes de stoïcisme chrétien, d’assumer une charge dans le conseil archiducal.
Les jésuites fondèrent à cette époque 34 collèges d’humanités. François Duquesnoy sculpta le colossal Saint André en la basilique Saint Pierre de Rome.(Son père est l'auteur du Manneken Pis)
Les disciples de Rubens continuèrent l’école anversoise de peinture : Jordaens(« le roi Jéroboam 1er boit), A. Van Dyck, Teniers, Snyders.
A partir de la mort d’Albert (1621), l’Infante Isabelle se fit couper les cheveux et revêtit la robe de clarisse. Elle se partagea entre le soutien des œuvres religieuses et son rôle de gouvernante de notre pays. Elle mourut en 1633 dans les bras de la reine de France Marie de Médicis avec des funérailles sans faste vu les mauvaises finances de nos régions.
Les Pays-Bas catholiques retombent alors sous la souveraineté des rois d’Espagne. Ils seront entraînés dans des guerres désastreuses de Philippe IV et de Charles II contre les Provinces du Nord et la France. Cette période sera appelée siècle de malheur jusqu’en 1713.
Pendant ce temps et notamment pendant la guerre de succession d’Espagne les Pays-Bas ne cesseront de prendre part aux grandes luttes européennes. En 1635 l’alliance entre la France et la république des Provinces Unies contre l’Espagne fait des Pays-Bas espagnols une zone particulièrement exposée qui fait dire à Henri Pirenne «étouffée dans l’étreinte de l’ennemi, la Belgique était arrivée au degré suprême de souffrance».
La guerre de Trente ans (enjeu majeur : hégémonie des Habsbourgs trouvant sa cause dans la défénestration de Prague) et celle des quatre-vingt ans (conflit entre l’Espagne et les provinces Unies) prendront fin par la paix de Münster conclue par le traité de Westphalie en 1648 qui confirme la séparation et marque la frontière séparative entre les provinces du Nord et du Sud. L’Espagne reconnaît l’indépendance des Provinces unies et la fermeture de l’Escaut.« Notre pays » passe à la maison d’Autriche.
Les gouverneurs de nos provinces, des Espagnols, dont le plus médiocre fut Alexandre Farnèse, second fils du duc de Parme, furent souvent impuissants dans les Pays-Bas, ce qui exaspérait Guillaume III d’Orange. Ce fut lui qui exigea de Madrid le rappel du marquis de Gastanaga et fit signer par Charles II la désignation de Maximilien-Emmanuel de Bavière, vainqueur de la bataille de Mohacs(1683). Ayant épousé l’archiduchesse Marie-Antoinette, fille de l’Empereur Léopold 1er,il fit son entrée dans Bruxelles parée d’arcs de triomphe et d’illuminations. Très actif, il espérait conquérir une couronne royale en Belgique. En 1673, il érigea Etterbeek en baronnie au profit de don Diego Henrique de Castro famille dont la résidence était sise au 56, chaussée Saint Pierre habitée aujourd’hui par le conseiller communal et député régional cdH André du Bus de Warnaffe.
Après le traité de Ryswyck, il s’attacha au relèvement des provinces dévastées. Son trésorier général des Finances, Jean de Brouchoven, Comte de Bergeyck, (dont le mère n’est autre que la veuve du peintre Rubens, Hélène Fourment) conçut un projet visant à développer notre économie industrielle. Cela se marqua par la création de «la compagnie royale des Pays Bas négociant aux places et lieux libres des Indes orientales et de la Guinée»-(commerce avec la Turquie et l’Amérique- concession à Saint-Domingue)
A l’instar de Colbert, il préconisait une politique d’unification qui grouperait toutes les provinces belges en un état cohérent, capable de lutter contre la concurrence étrangère et prit des mesures protectionnistes contre les importations.
Il dut démissionner suite à un mouvement de révolte. Il voulut aussi que renaisse une armée bien soldée et habillée (1679-1681) mais les réformes qu'il proposa dans divers domaines ne purent que partiellement se réaliser.(1690-1700)
La guerre de succession d’Espagne a commencé vers 1701 lorsqu’à la mort de Charles II, sans enfant, le dernier Habsbourg d’Espagne, un petit fils de Louis XIV, Philippe V d’Anjou, recueillit sa succession et fut proclamé roi en 1700 alors qu’elle devait échoir à Charles III roi de Bohème et de Hongrie. Une coalition allait opposer le roi de France à l’Angleterre, la Hollande et l’Empire. Elle dura jusqu’en 1713 qui attribuera nos provinces aux Habsbourgs d’Autriche (infra).
Dans nos régions Maximilien –Emmanuel de Bavière,gouverneur des Pays Bas et frère du prince-évêque de Liège expulsa les garnisons hollandaises et laissa pénétrer les troupes françaises. Le clan des « cuirassiers », portant une cuirasse d’argent, opposé au roi de France s’opposera aux « carabiniers » porteurs de carabines et originaires du Hainaut, dont le chef était le Comte de Bergeyck. En 1702, un édit royal remplaça le conseil de Flandres à Madrid et les trois conseils collatéraux par un Conseil du Roi composé de 7 membres dirigés par le Comte de Bergeyck.
Après la bataille de Blenheim sur le Danube ( victoire qui donna son nom au domaine de la famille Churchill en Grande-Bretagne, l’autre étant dans le Kent à Chartwell où Sir Winston résida) en 1704,et celle d’Hochstaedt qui brisa la forte offensive des armées françaises (Mme de Maintenon se chargea à cette occasion de dire au roi qu’il n’était plus invincible), en 1706 à Ramillies près de Jodoigne, John Churchill, Duc de Malborough (origine de la chanson « Malbrouck s’en va en guerre ») remporta une bataille décisive sur Villeroi qui avait bombardé Bruxelles. Une autre bataille aura lieu le 11/9/1709 entre les alliés(Anglais, Hollandais, Portugais) dirigés par le Duc de Marlborough et le prince Eugène de Savoie contre les Français et les Espagnols dirigés par les maréchaux de Villars et de Boufflers: la bataille de Malplaquet, village au Sud de Mons.
B. Sous les Habsbourgs d'Autriche (1713-1795)
En conséquence, en 1713, le traité d’Utrecht cède les Pays-Bas espagnols donc nos régions et les possessions d’Italie à Charles VI qui comme successeur de Charles II portait aussi le titre de Charles III (branche autrichienne des Habsbourgs issue du frère de Charles Quint), et Philippe V resta roi d’Espagne. L’administration de nos provinces fut confiée au marquis de Prié dirigeant des fonctionnaires autrichiens. C’est contre la politique de celui-ci réclamant des subsides aux états de Brabant que ceux ci refusèrent, ce qui entraîna des troubles réprimés par Charles VI.
François Anneessens un ardoisier, fabricant de chaises et doyen du métier des Quatre Couronnés (d’où le nom de la place près du Boulevard Anspach) fut reconnu comme principal responsable et exécuté.
A cette époque le port d’Ostende fut équipé pour compenser l’étranglement du port d’Anvers par les Hollandais et ce fut le début d’une exaltante épopée maritime et coloniale.
Les Belges fondèrent en Inde une colonie à Banquibazar-Hidsiapour qui devint une ville coloniale modèle mais sous la pression des Hollandais, Français et Anglais Charles VI dut supprimer la compagnie d’Ostende.
Il espérait en compensation que les puissants voisins reconnussent sa fille Marie-Thérèse comme unique héritière. Mais à peine décédée, la Prusse et la France renièrent leur promesse : les armées de Louis XV remportèrent la bataille de Fontenoy en 1745 et le roi fit son entrée à Bruxelles. Sous la pression de l’Angleterre, le roi de France dut évacuer nos provinces.
Après Charles VI sans héritier mâle, Marie-Thérèse (1740-1780) (grâce à la « Pragmatique sanction », première loi fondamentale à tous les territoires des Habsbourgs, en 1713,garantie par le Traité de Vienne, dont la succession fut contestée à sa mort(guerre de succession d’Autriche entre 1739-1741))et Joseph II (1780-1790)régnèrent sur nos régions. Ils vont promouvoir la prospérité des Pays-Bas en développant l’Industrie (charbonnages, métallurgie, verreries) et les routes et voies fluviales et à cette époque fut aussi introduite la culture de la pomme de terre et du tabac.
Marie-Thérèse pratiqua une politque centralisatrice et protectionniste .
Charles de Lorraine, double beau-frère de Marie-Thérèse, fut le gouverneur général très populaire des Pays-Bas autrichien de 1744 à 1780. Il construisit un palais au Mont des Arts à partir de 1757 à l’emplacement de l’ancien hôtel de Nassau qui lui-même avait remplacé le palais de Charles V qui avait brûlé en 1731.
Marie-Thérèse développa l’enseignement («les collèges thérésiens», collèges d’Etat ) à une époque où 9 Belges sur dix ne savaient ni lire ni écrire.
A cette époque le prince Charles-Joseph de Ligne, châtelain de Beloeil, diplomate et militaire, visita l’Europe et fut le confident de la reine de France Marie-Antoinette et le l’impératrice de Russie Catherine II.
Joseph II en 1782 fit démolir les principales forteresses que les Hollandais occupaient dans notre pays et tenta de débloquer l’Escaut et le port d’Anvers.
Empereur sacristain, il se mit à modifier les limites des paroisses, à réglementer les processions et les funérailles, à abolir les pèlerinages, il fixa même le jour des kermesses de tous les villages. Systématiquement toutes les libertés furent attaquées et les séminaires épiscopaux furent fermés. Les Jésuites furent chassés et les prérogatives du clergé réduites. Les corporations sont supprimées. Par « l’édit de tolérance «(Toleranzpatent)» il proclame la liberté de conscience (en faveur des minorités religieuses comme les protestants chez nous)et met le clergé sous le contrôle de l’Etat.
Tous trois appliquant les principes du « despotisme éclairé »(« Tout pour le peuple, rien par le peuple », Joseph II provoquera la révolution liégeoise (1789) et surtout la révolution brabançonne(1789-1791) dans la foulée de la prise de la Bastille en France le 14 juillet qui l’opposera aux «Statistes » ( menés par l’avocat Van der Noot),partisans du système des Etats provinciaux(Clergé, Noblesse, Tiers Etat) mais défendant les privilèges et les anciennes chartes médiévales que Joseph II voulait abolir et aux « Vonckistes » dirigé par l’avocat Vonck prônant un système démocratique qui lui mettait à mal les Etats provinciaux. Suite à la victoire de Turnhout, ( armée forte de 3500 volontaires dirigée par le général Vandermeersch )du 24 octobre 1789, les Etats provinciaux proclament la République des Etats-belgiques-Unis dont l’acte de Constitution adopté après quatre jours de discussions par les Etats Généraux réunis pour la première fois depuis 1630 s’inspirent des articles de la Confédération américaine de 1778. Elle vécut un an.
Ils ne résisteront pas vu les dissensions entre les deux clans à l’armée autrichienne de Léopold II qui rentra à Bruxelles le 2 décembre 1790 et qui rétablit l’autorité autrichienne en 1791, mais pour un temps.
En effet, la France décide d’exporter ses idées révolutionnaires au-delà des frontières.
Les troupes françaises dirigées par le général Dumouriez (Charles François du Perrier de son vrai nom) battent les Pays-Bas autrichiens (dont l’armée est dirigée en autres par le feld-Maréchal de Croix de Clairfayt) en septembre 1792 à Valmy ( qui sauva la révolution française de la menace prussienne) et six semaines plus tard à Jemmappes le 6 novembre 1792.
Deux victoires françaises qui donnèrent à leurs troupes confiance et élan.
Retour des autrichiens qui gagnent à Neerwinden (1793- à ne pas confondre avec celle de 1693, juste un siècle auparavant où les troupes des Français dirigés par Henri de Montmorency-Bouteville battirent les coalisés dirigées par le Stathouder Guillaume III et Maximilien-Emmanuel de Bavière, Gouverneur général des Pays-Bas méridionaux) mais les victoires françaises de 1792 seront confirmées par celle de Fleurus en 1794.(armée française dirigée par le général Jourdan)
Dès ce moment, les Pays-Bas autrichiens n’existent plus : ils sont annexés à la France en 1795, officiellement par le traité de Campo-Formio le 17 octobre 1797 qui en contrepartie octroie à l'Autriche la Vénétie, la presqu'île d'Istrie et la Dalmatie.
C'est aussi à cette époque que la Principauté de Liège qui fut longtemps une principauté épiscopale indépendante sous la coupole de l'Empire germanique (en 1509, le prince-évêque Erard de la Marck reçut les droits régaliens de l'Emprereur germanique Maximilien Ier) fut intégrée dans la république française suite aux différentes guerres durant la révolution française.
C. Sous la France impériale (1795-1815)
« Le Consulat de Bonaparte est l'une des périodes les pluys passionnante de l'Histoire.En trois mois, la situation intérieure de la France était rétablie, et en six mois,avec la victoire de Marengo (14 mai 1800), Bonaparte devenait l'arbitre de l'Europe, si pas du monde. »
La Belgique est divisée en 9 départements français (ex. département de la Dyle pour Bruxelles,de Jemmappes pour une partie du Hainaut actuel) et les traces de féodalité (anciennes constitutions et chartes) disparaissent. Sous ce régime, la Belgique bénéficiera d’une administration égalitaire, d’une justice réformée et du Code Napoléon ( il disait à Saint Hélène,« ce qui demeurera éternellement, ce que rien n'effacera, c'est mon code civil ») rédigé grâce à l’aide de jurisconsultes comme Portalis (nom d’un bâtiment appartenant au ministère de la justice) et Cambacérès où le droit de propriété qui se retrouve dans l’article 544 C.C. est considéré comme un droit absolu (des restrictions apparaîtront plus tard comme la théorie des troubles de voisinage, les servitudes publiques) et où le droit d’héritage et le droit de la famille occupe une place importante.(L’évolution égalisera le statut de l’homme et de la femme à l’origine discriminatoire par exemple au plan de l’adultère ou de la conclusion de certains contrats; pour Napoléon en effet « la femme devait appartenir à l'homme comme l'arbre fruitier est la propriété de son jardinier »).
Le Code Napoléon fut d'application de 1804 à 1900 en Prusse Rhénanie jusqu'à la généralisation du BGB sur tout le territoire de l'Empire allemand. (voir revue du notariat belge 2008, p606)
Comme quoi Napoléon à l'instar de Rome, en perdant l'Empire, lui a légué ses lois.
La « guerre des paysans » naîtra d’une révolte contre la conscription obligatoire des hommes entre 20 et 25 ans.
Une répression s’en suivit ce qui montre qu’il s’agissait bien d’une occupation plutôt que d’une collaboration et celle-ci prit fin lorsque Napoléon restaura le catholicisme.
La période de 1794 à 1814 sera une période de développement économique, de nouvelles industries se développeront dans nos régions comme l’industrie cotonnière (Bauwens à Gand) et l’initiative étatique apparaît par la création de la Fonderie impériale de canons à Liège. Les provinces de Liège, Hainaut et Namur fournissent ainsi près d’un quart de la fonte de l’Empire français. William Cockerill à Verviers fournit des usines à l’Industrie drapière. Dès avant la révolution française, les mines sont exploitées à l’aide de machine à vapeur, notamment la machine « Newcomen » qui sera remplacée par la machine de Watt ainsi que la lampe « Davy ».
En 1810, le Hainaut produit un million de tonnes de charbon par an.
La Wallonie devient la région la plus industrialisée du continent européen.
Napoléon instaurera le blocus continental qui sera bénéfique à Anvers(les Hollandais ne sont plus là pour imposer le blocus qui favorisait le port d’Amsterdam) et restaurera la liberté de navigation sur l’Escaut et subdivisera le territoire en cantons et arrondissements Le Concordat entre Bonaparte et le pape Pie VII tout en soumettant l’Eglise au contrôle de l’Etat, rétablit solennellement le culte catholique que la révolution française avait interdit(prêtres réfractaires-révolte des Chouans en Vendée) en allant même jusqu’à vendre les pierres des églises. Les assignats, papier-monnaie, disparurent à cause de leur dévaluation, leur volume ne pouvant plus être garanti par les biens spoliés à l’église. Les guerres napoléoniennes feront augmenter les impôts et la conscription de nombreux jeunes(loi Jourdan-Delbel du 19-Fructidor an VI- soit le 5 septembre 1798 )et le nombre de victimes dans les champs de bataille.
Et nous revenons aux premières lignes de ce texte avec la défaite de Waterloo et le traité de Vienne en 1815 dans lequel l’habileté diplomatique du chancelier autrichien, Klemens von Metternich, surnommé le « gendarme de l’Europe » vaut à l’Empire des Habsbourgs de se retrouver à la base d’un nouvel ordre européen. L’influence de l’Autriche, à la fois dans la Confédération germanique, qui succède au Saint Empire romain germanique et dans la Sainte Alliance atteint alors son apogée.
La boucle est ainsi bouclée.(retour à la page 1)